La traduction: pourquoi et comment?

Rencontres
amef6 mars 2017Dernière mise à jour :Il y a 3 ans
La traduction: pourquoi et comment?

Nous avons jugé utile de republier le compte rendu d’une rencontre organisée en 1996 par l’AMEF et l’AMEP sur le thème de la traduction.

La séance s’est ouverte sur une allocution prononcée par Lahcen Nachef, Secrétaire Général de l’AMEF.

Chers collègues,

Le Comité Regional de l’AMEF (Association Marocaine des Enseignants de Français) a le plaisir de se joindre au C.R. de l’AMEP (Association Marocaine des Enseignants de Philosophie) pour organiser cette rencontre. Rencontre que nous estimons de grand intérêt de par le sujet que les deux comités, de concert, ont choisi d’y traiter.

La question de la traduction demeure en effet, l’une des préoccupations majeures de tous les partenaires éducatifs. Elle est liée étroitement aux destins de nos futurs étudiants; elle interpelle nos enseignants quelle que soit leur discipline; bref elle mérite qu’on marque un arrêt pour resituer les problèmes qu’elle pose, les innombrables interrogations qu’elle soulève.

C’est ce que se proposent de faire pour nous, Messieurs les professeurs intervenants que, au nom des deux comités régionaux et au nom des adhérents de l’AMEF et de l’AMEP et au nom de vous tous ici présents, je voudrais remercier chaleureusement. 

INTERVENTION 1:

La traduction et l’identité

Intervenant : Med MESKINI ( Professeur de Philosophie à BIOUGRA )

L’intervenant a d’abord essayé de délimiter le cadre historique de la traduction dans le monde Arabe, il a précisé sa nature, sa position et sa portée surtout à l’époque de la dynastie ABASSIDE à ce moment là, la traduction était le trait d’union entre la culture et la civilisation musulmane d’une part et la philosophie grecque d’autre part. C’est également l’époque de la traduction de la littérature et des sciences étrangères dans le monde Arabe.
La traduction a connu son apogée sous le règne de AL MANSOUR, et principalement sous le règne de AL MAAMOUNE qui pour encourager encore les traducteurs fonda BAIT AL HIKMA (MAISON DE LA SAGESSE). A cette époque, des écoles de traduction étaient nombreuses et les plus connues sont : ECOLE ARRAHA, NASSYIN HARRAN et ANTAKYA. Les traducteurs étaient principalement des abbés nestoriens et jacobins. L’histoire a retenu des noms tels : ISAAK IBNOU HOUNAINE. Or les traductions, à cette époque, étaient faites par des gens non arabophones c’est pourquoi le style était médiocre et obscur. Le traducteur restait fidèle au texte et la traduction était souvent littérale et pourtant c’est grâce à ces traductions qu’on a connu le patrimoine culturel grec et les différentes étapes par lesquelles il est passé.
Ensuite, l’intervenant a parlé de la réalité de la traduction dans le monde arabe contemporain, il a en premier lieu dénoncé la carence des moyens qui permettent à la traduction d’enraciner l’identité arabe davantage et même de la sauvegarder dans certains cas. En deuxième lieu, il a cité la traduction comme étant un moyen qui pourrait enrichir le domaine culturel dans le monde arbre.

INTERVENTION 2: 

La traduction en littérature : Spécificités et Mécanismes

 Intervenant : HASSAN OUTALEB

Ce travail part d’une conception particulière de la traduction où s’interpénètre ce qui est culturel, ce qui est scientifique et ce qui est civilisationnel. Ainsi tout débat concernant la traduction exige la délimitation du cadre théorique et pratique de celle-ci à partir d’une conception de cette pratique. Conception qui requiert du traducteur non seulement une connaissance parfaite de la langue ou de la langue cible ou même la capacité d’utiliser des dictionnaires binaires ( dictionnaire français-arabe – dictionnaire arabe-français) mais aussi la possession d’un autre sens qui soit un juste milieu entre les deux c’est-à-dire le don de trouver les équivalences sémantiques adéquates dans chacune des deux langues. Ainsi, l’hypothèse de base est la question suivante : est-il possible qu’une conception (grammaticale, syntaxique et sémantique) puisse aboutir à une bonne traduction (si on peut parler de bonne ou de mauvaise traduction )?
Cette question engendre d’autres interrogations telles : est-ce que la spécialisation est nécessaire pour traduire ? Que faut -il privilégier : la recherche du sens ou la recherche du sens et du contexte ?. Ces questions problématiques montrent que les chercheurs ont fourni des efforts considérables afin de montrer les particularités pratiques de la traduction tout en tenant compte des spécificités de chaque langue et même de l’économie du langage. Pour apporter une réponse à toutes ces questions le présent travail a d’abord tenté de rechercher les particularités et les mécanismes de la traduction pour ensuite exposer les différentes théories et points de vue concernant ce sujet.

INTERVENTION 3: 

L’activité traduisante et le dilemme des interférences linguistiques

 Intervenant : Lahoucine MENZOU

L’exposé est une tentative d’expliquer le caractère ambivalent du traducteur qui, tout en condamnant la traduction / transcodage, se voit dans l’obligation de céder aux interférences linguistiques. Une telle entreprise nécessite – entre autres- de ne pas se laisser séduire par l’abondante littérature du sujet souvent spéculative. 
Il faut donc procéder à l’examen de traductions réalisées et tenter de définir les différents éléments textuels ou extra textuels constituant les conditions concrètes des interférences linguistiques. Pour ce faire -méthodologie oblige- les niveaux lexical, syntaxique et pragmatique doivent faire l’objet de réflexions indépendantes.
Reste à souligner que c’est en traduisant d’une langue à une autre typologiquement différentes que le phénomène apparaît plus clair : c’est le cas de l’arabe classique et du français.

INTERVENTION 4: 

Enseignement de la traduction : Réalités et perspectives

 Intervenant : Mustapha BEN AOUICHA.

L’intervenant, après avoir fait un bref historique de la traduction, a centré son exposé sur les points suivants : l’apparition de la traductologie, la traduction dans l’enseignement secondaire au Maroc et les perspectives de la traduction. 

1. L’apparition de la traductologie :
Bien qu’elle soit apparue depuis l’aube des temps, elle est restée sous la tutelle de la linguistique. Mais à partir de la fin du 19ème siècle, elle a commencé à susciter beaucoup d’intérêt. Ainsi commencèrent les premiers débats relatifs à la traductologie. Ces débats et conférences ont donné naissance aux premières théories qui furent vivement critiquées. D’où diverses opinions : certains sont pour la traduction, d’autres la détraquent et la considèrent comme étant impossible. Ces études ont conduit à l’apparition de la traductologie qui est devenue une science indépendante ayant ses propres théories, règles et méthodes et même une didactique spécifique.
2. La traduction dans l’enseignement secondaire au Maroc:
L’insertion de la traduction comme discipline dans les branches scientifiques de l’enseignement marocain ne peut avoir que des avantages malgré les difficultés qui entravent son chemin :
* l’absence de manuels pour enseigner la traduction,
* les objectifs de la matière ne sont pas très clairs,
* l’absence d’encadreurs spécialisés et de conseillers pédagogiques,
* l’enseignement de la traduction n’est pas un objectif en lui même mais c’est un moyen d’apprentissage des langues,
* le niveau bas des élèves surtout en français et en arabe,
* les enseignants ont parfois des difficultés dans l’une des deux langues (arabe-français). Ce qui exige des années de pratique afin de dépasser ces lacunes,
* les bibliothèques scolaires dans la plupart des établissements ne contiennent pas de revues scientifiques, encyclopédies, dictionnaires…, en arabe et en français; références nécessaires à la traduction.
3. Perspectives :
Les enseignants de la traduction aspirent à rendre cette discipline plus active et productive vu qu’elle contribue à l’évolution des sciences de la technologie et de la culture. Mais afin de réaliser cet objectif, il faut également l’insérer dans toutes les branches au niveau de l’enseignement supérieur. Et pour que cette opération puisse réussir, il faut d’abord avoir : des enseignants compétents, des encadreurs et une bibliothèque riche ainsi que des manuels. Ensuite il faut enseigner la traduction en la considérant comme un objectif et non comme un moyen pour apprendre une langue ou encore pour résoudre un problème pédagogique (le problème de l’arabisation des matières scientifiques dans l’enseignement secondaire). Enfin, la traduction peut contribuer à un progrès de la langue arabe.

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